Enseigner l’orthographe, la rédaction, l’histoire, les sciences et les techniques appliquées à l’école primaire élémentaire (1886-1892).

Extraits du Recueil de notes d’inspection et de variétés pédagogiques mis en forme par M. Robert, secrétaire d’Inspection académique du département de l’Aisne en 1893. La Pédagogie pratique à l’école primaire de 1886 à 1892, dans les enseignements de l’école primaire élémentaire1
Interrogeons le patrimoine éducatif pour préparer l’avenir
Dans un article du Bulletin de l’Association des Amis du Musée national de l’Éducation2 paru en 2016 : Peut-on en finir avec le patrimoine de l’éducation de l’Aquitaine ?, Marguerite Figeac, professeure d’histoire contemporaine à l’université de Bordeaux, écrivait : La connaissance du patrimoine scolaire pourrait mettre en évidence des pratiques et des solutions oubliées, évitant ainsi des découvertes qui n’en sont pas.
Dès les années 1970, les musées de l’école et du patrimoine éducatif3 se sont emparés de cette problématique en œuvrant pour la sauvegarde, l’étude et la valorisation du patrimoine éducatif, une matière complémentaire pour la recherche, la formation des maîtres. Ces structures seront également des lieux de rencontre et de débats citoyens sur l’éducation dans et hors l’école4.
Le Réseau des Musées de l’école et du patrimoine éducatif, créé en 2017, affirme clairement son rôle social. «Interroger le patrimoine éducatif pour préparer l’avenir» est une priorité. Ce sera la thématique retenue pour la Troisième rencontre des Amis du Musée national de l’Éducation, des Musées de l’école et du patrimoine éducatif (AMNÉPE) qui s’est tenue en 2022, à Monteux, dans le Vaucluse.
A cet égard, il nous paraît utile et intéressant de relire, ci-dessous, quelques extraits du Recueil de notes d’inspection et de variétés pédagogiques mis en forme par M. Robert secrétaire d’Inspection académique du département de l’Aisne. L’ouvrage a été publié en 1893.
Il ne s’agit pas ici d’idéaliser cette période plus de quatre années après l’adoption des lois Jules Ferry (1881 et 1882)5, mais de valoriser les initiatives et les conseils pédagogiques de l’époque, sources de progrès social et d’engagement militant.
Extraits du Recueil de notes d’inspection et de variétés pédagogiques mis en forme par M. Robert, secrétaire d’Inspection académique du département de l’Aisne.
La Pédagogie pratique à l’école primaire de 1886 à 1892, dans les enseignements suivants :
En Orthographe, classe de cours moyen :
Conseils donnés à l’instituteur par l’inspecteur primaire de la circonscription, 15 octobre 1890. Page 36.
« …la dictée pour être fructueuse, c’est-à-dire pour servir à l’enseignement de l’orthographe tout en étant un exercice scolaire d’une utilité indéniable, doit remplir certaines conditions essentielles et être faite d’une certaine façon.
- Choix de la dictée : Le texte de la dictée doit être choisi avec soin. Il faut qu’il soit à la portée de l’intelligence des élèves, que tous en comprennent facilement le sens. Il doit renfermer un enseignement pratique et ne pas être long ; il sera même court.
- Lecture du texte : Avant de dicter le texte, le maître en fait une lecture accentuée et intelligente. Il donne une brève explication du sens général, épèle les mots nouveaux et difficiles et appelle l’attention des élèves sur les mots soumis aux règles de la grammaire.
- Dictée du texte : La dictée est faite par un élève qui écrit, tout en parlant : il n’ira ainsi ni trop lentement ni trop vite. Les élèves dont la diction est nette, franche, se remplaceront à tour de rôle pour chaque exercice.
- Correction de la dictée : Les élèves corrigent eux-mêmes la dictée d’après le mode d’épellation, sous la direction du maître. Tantôt chacun d’eux rectifie son propre travail ; tantôt au contraire, ils échangent leurs cahiers et corrigent mutuellement leurs copies. Dans ce dernier cas, les mots dont l’orthographe est incorrecte sont rectifiés au crayon et le propriétaire du cahier remet les modifications à l’encre.
Afin de tenir en éveil l’attention des élèves pendant la correction de la dictée et d’être édifié séance tenante sur la valeur des copies, le maître désigne, sans suivre l’ordre du classement, les enfants qui doivent épeler, et chacun épèle au moins une phrase. Au fur et à mesure que les fautes se présentent, le maître donne les explications nécessaires ou fait trouver les raisons qui motivent l’orthographe du mot en question, en se gardant bien de sortir du domaine de la grammaire et de parler de choses étrangères au sujet. … »
Rédaction :
Préparation d’une rédaction sur image, 1er janvier 1888. Page 4.
« Maître et élèves analysent ensemble la gravure, dont chaque élément fera l’objet d’un paragraphe. Stimulés par une suite d’interrogations pertinemment dirigées, les élèves cherchent eux-mêmes les idées que renferme le sujet. Il surgit parfois des réponses originales, bizarres ou maladroites, qui provoquent le sourire.Tant mieux ! La leçon n’en est que plus intéressante. Le maître est là qui redresse, amende ou complète ce qui est imparfait. La classe devient une assemblée en miniature, souvent fort animée, jamais tumultueuse, où l’on s’évertue à réfléchir, à raisonner, à parler. De ce travail commun naît un plan que chacun développera par la suite. »
Histoire :
Flaverny, commune de 930 habitants en 1886, 1er mars 1889 . Page 24.
« Pourquoi les élèves de l’école de Flaverny sont-ils intarissables quand on les y amène à parler d’histoire ?
J’ai demandé au directeur son secret ; il me l’a livré sans mystère ; le voici.
Tous les matins, hiver comme été, les élèves du premier cours6 arrivent à l’école environ une demi-heure avant leurs camarades. On consacre ces vingt-cinq ou trente minutes à des entretiens sur l’histoire, sans préjudice des leçons qui ont lieu régulièrement aux jours et aux heures marquées sur l’emploi du temps. Ce sont presque toujours des révisions. Parfois le maître lui-même résume une période.
Tout en parlant, il remplit, au tableau noir, un cadre à plusieurs colonnes ayant pour en-têtes :
- Biographies ;
- Évènements principaux ;
- Faits de l’histoire locale correspondant à la période étudiée ;
- Conséquences des évènements et des actes, traités, acquisitions territoriales, etc. ;
- Progrès réalisés, réformes, inventions, découvertes 7.
Il n’est pas rare de voir même des élèves arriver en classe munis d’une ardoise sur laquelle ils ont tracé une carte historique. Enfin, de temps à autre , quand le maître le juge utile, quelques pages de Henri Martin8, bien lues, viennent mettre en lumière ce que des leçons nécessairement succinctes et un manuel trop sec ont laissé d’obscur dans l’esprit des enfants. On s’explique ainsi pourquoi, à Flaverny, les élèves savent et aiment l’histoire.»
Sciences et techniques appliquées à l’agriculture :
Description et usage de la charrue, 15 septembre 1892. Pages 93 et 94.
«Pour décrire un objet, rien ne vaut l’objet lui même. Ainsi l’avait pensé l’instituteur, et les élèves purent voir et toucher le sep, le soc, le coutre, le versoir, etc. Le maître expliquait bien entendu, le rôle de chaque pièce. Ce fut une analyse complète et raisonnée de l’instrument agricole par excellence.
Disons tout de suite que la charrue mise sous les yeux des élèves n’était pas l’objet encombrant et lourd que l’on pourrait croire. C’était une toute petite charrue en bois, à l’échelle 1/15 environ, formée de toutes pièces et artistement travaillée.
J’eus la curiosité de demander à l’instituteur d’où il avait tiré ce petit joujou, et c’est ici qu’il me livra son secret : «Pour toutes ces choses, dit-il, que nous ne pouvons acheter ni faire nous-mêmes, je m’adresse à mes anciens élèves, agriculteurs, industriels ou artisans. Ils ont le culte du souvenir, et sont heureux de m’être agréable et de faire quelque chose pour l’école où ils ont passé leurs jeunes ans. L’un d’eux, très habile charron, m’a offert cette petite charrue, je tiens d’un deuxième cette pompe que voici, d’un troisième ce double cylindre, fonte et zinc, grâce auquel je peux faire comprendre le principe d’Archimède9 ; un autre m’enverra prochainement une petite machine à vapeur. … »
En conclusion :
Il est primordial de redonner au patrimoine éducatif toute sa place, afin qu’il puisse pleinement contribuer au débat sur l’éducation.
Le débat permanent sur l’éducation constitue un véritable enjeu de société dont les répercussions sont multiples. Ces aspects ont été étudiés dans les Actes de la Première Rencontre francophone des musées de l’école préfacés par Jean-François Condette, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lille.
Les Actes ont été publiés en 2018, en version imprimée de 200 pages – ISBN 2-910704-60-2.
Concernant l’ouvrage :
1- Source :
E. Robert, Recueil de notes d’inspection et de variétés pédagogiques, extraites du Moniteur scolaire du département de l’Aisne , 175 pages, Éditeur CRÉTÉ, 1893. Référencé à la B.N.F. : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31225000g
Cet ouvrage provient de la bibliothèque de l’École normale primaire de Besançon.
2- Avertissement de l’auteur
«Depuis quelques années, MM. les inspecteurs primaires du département de l’Aisne10 ont, sous la direction de leur inspecteur d’académie, traduit sous la forme de Notes d’inspection, les principales impressions que leur ont causé la visite des écoles de leur circonscription.
Ces remarques si judicieuses constituent une série d’éloges, de critiques ou de conseils qui ont été portés par la voie du Moniteur scolaire de l’Aisne11 à la connaissance de tout le personnel de l’enseignement primaire de ce département.
Par ce procédé ingénieux, il a été facile de présenter aux instituteurs, sous une forme souvent heureuse et saisissante, les saines notions de pédagogie pratique. Nous croyons pouvoir affirmer que ce genre d’entretien a été accueilli de tous avec la plus grande faveur.
Comme complément à cette étude, nous l’avons fait suivre d’un choix de Variétés pédagogiques présentant un intérêt d’actualité.12
En condensant ces divers travaux dans le présent ouvrage, nous avons eu un double but : 1° mettre ces notions à la portée des éducateurs de la jeunesse ; 2° voir la mesure adoptée dans l’Aisne s’étendre et se généraliser.»
3- Table des matières
- Avertissement ………………………………………………………………………………….……………………. V
- Chapitre premier :
- Notes d’inspection ……………………………………………………..……………………………………. 1 à 95
- Chapitre II :
- Variétés pédagogiques …………………………………………….………………………………………. 96
- De l’enseignement par l’aspect à l’école primaire ..………………………………………. 96
- Morale et rédaction …..………………………………………………………….……………….…. 108
- Les desiderata de notre enseignement primaire ..………………………………………… 112
- Conférences entre directeurs et adjoints dans les écoles à plusieurs classes…. 116
- L’enseignement de l’histoire à l’école primaire………………………………………..……. 120
- De la composition française à l’école primaire ……………………………………………. 128
- De la préparation des classes ………………………………………………………………...… 131
- La lecture expliquée dans l’enseignement primaire ……………………………………… 135
- A propos de l’enseignement de l’orthographe……………………………………………… 146
- Une leçon de morale à l’école primaire……………………………………………………..…. 152
- Le dessin à l’école primaire………………………………………………………………………… 158
- Enseignement agricole et horticole………………………………………………………….... 165
- Variétés pédagogiques …………………………………………….………………………………………. 96
- A la fin de l’enseignement primaire élémentaire obligatoire, les élèves qui souhaitaient continuer leurs études pouvaient accéder à différentes formes d’enseignement primaire supérieur : les Écoles primaires supérieures (EPS), les Cours complémentaires (CC), les Écoles pratiques de commerce et d’industrie (EPCI). ↩︎
- n°7 ↩︎
- Michel Mieussens, Vers un réseau de l’école et du patrimoine éducatif en France. Article publié dans les Actes de la Première rencontre francophone des musées de l’école, Rouen 2016, préfacé par Jean-François Condette, 200 pages, Rouen 2018, imprimerie Copie-Plus, – ISBN 2-910704-60-2 ↩︎
- La Deuxième rencontre des musées de l’école et du patrimoine éducatif s‘est déroulée en 2018 à Gonesse (Val-d’Oise) sur le thème L’enfant, la famille, l’école et la société. ↩︎
- Les lois Ferry de 1881 et 1882 visent à rendre l’enseignement primaire gratuit, laïque et obligatoire pour tous les enfants âgés de 6 à 13 ans.
Si elles posent les fondements de l’école républicaine, ces lois ont été précédées par d’autres textes, quelques années plus tôt, visant à libérer l’enseignement public de l’influence religieuse. ↩︎ - Cette initiative est le résultat de rencontres entre instituteur et parents d’élèves, le plus souvent à l’école, ou au secrétariat de mairie. Il arrivait même que le maître retrouve les parents de l’élève chez-eux.
Les élèves du premier cours ou cours moyen ont de 9 à 11 ans. Ceux du second cours ou cours de fin d’études sont âgés de 11 à 13 ans. ↩︎ - Et des conquêtes sociales … ↩︎
- Henri Martin 1810-1883, auteur de l’Histoire de France en quinze volumes, parus entre 1837 et 1854. et de l’Histoire de France de 1789 jusqu’à nos jours (8 vol., 1878-1883) ↩︎
- Le double cylindre d’Archimède : Il s’agit de démontrer expérimentalement que la poussée d’Archimède dépend uniquement du volume de fluide déplacé, et non de la masse du corps immergé. ↩︎
- En 1872, ce département accueille à Monthiers Jean Macé, fondateur de la Ligue de l’enseignement. ↩︎
- Périodique publié de 1879 à 1913, 36 numéros ↩︎
- L’enseignement par l’aspect est une méthode pédagogique qui repose sur l’utilisation d’objets, d’images, de schémas, de dessins, de situations réelles … ↩︎

